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Ci -dessous, une version "enrichie" de mon intervention lors de la Journée académique des professeurs documentalistes de l'académie de Rouen : Droits d’auteur et exception pédagogique à l’heure du partage des savoirs.

Sensibiliser aux communs :

  • c’est sensibiliser au libre, certes, mais c’est aussi permettre à nos élèves de participer aux communs à travers des compétences à développer pour une culture de la participation
  • c'est conscientiser le rôle d'une communauté de besoin ou d’intérêt.
  • c'est aussi former nos élèves à une culture de la participation qui passe par :

- l’appropriation de contenus, la collecte d'information et leur organisation (du document de collecte à l'éditorialisation de parcours de lecture). Quelle place pour la copie, de l’autorité et l'autoritativité ?

- la création et la publication et le développement de compétences en littératie médiatique et numérique.

En relisant mes séances de ces derniers mois (années), je me suis demandée si je n’enseignais pas les « communs ». Donner les outils de compréhension de ces « communs » et les habiletés nécessaires à leur mise en œuvre et faire de nos élèves des citoyens des communs.

Je vais prendre 3 exemples.

- S’approprier des contenus : le document de collecte enrichi et éditorialisé

- Redocumentarisation et éditorialisation : séance avec scoop.it en 3e

- Partage ou appropriation : exemple de séance sur le réseaux sociaux et les enclosures en 3e

1. S’approprier des contenus : le document de collecte

  • Doc collecte enrichi : parcours de lecture problématisé et partage d’extraits
Collecter-  Publier - Partager : qu’est-ce que j’enseigne des « communs » ?

Pourquoi parler du document de collecte dans une table ronde sur les « communs » ?

Rappelons-nous au départ le document de collecte a été présenté comme une issue pédagogique au copier-coller. Je fais ici référence à Nicole Boubée et aux travaux de Marion Carbillet puis de nombreux professeurs documentalistes, dont j’ai été depuis 3-4 ans.

Ce document de collecte a remis en question les étapes traditionnelles de la recherche documentaire.

Avec le document de collecte, les élèves sont amenés à développer des capacités de lecteurs experts pour construire, déconstruire, enrichir un cheminement de recherche documentaire et pour classer, ordonner leur collecte. Puis la partager (regarder les élèves construire leur document de collecte sur un pad est assez magique)

C'est un premier pas vers l'existence de communs puisqu’il y a appropriation des ressources.

Le document de collecte est bien plus qu'un brouillon dans sa forme la plus avancée. L'élève est en situation simultanée de lecture et d'écriture.

Milad Doueihi parle d'anthologie dans son ouvrage Pour un humanisme numérique, qu'il définit comme

« une collection choisie »(...) « l'anthologie met en place des pratiques de la transmission du savoir fondées sur l'annotation et le commentaire »

La collecte prend une autre forme : les ressources sont continuellement éditées, mises à jour, améliorées, annotées. Pour qu'elles puissent devenir un bien commun, il faut qu'une communauté s'en empare. La recommandation de pair à pair y contribue.

Cela nous amène à penser la trace, penser l'extrait, penser la source, penser l'auteur, penser la communauté

C'est-à-dire la manière dont nous approprions des contenus et des ressources.

"Le web donne un nouveau sens à l'annotation : [nos notes] n'ont pas à rester avec nous dans nos copies personnelles, mais peuvent être distribuées." Milad Doueihi

Collecter-  Publier - Partager : qu’est-ce que j’enseigne des « communs » ?

Il s'agit donc à travers ce document de collecte de développer chez les élèves des compétences pour cette culture de la participation :

  • redocumentariser les informations, nous le verrons cela passe par la copie,
  • développer une intelligence collective (expression empruntée à P. Levy), cela passe par le travail collaboratif,
  • s’accommoder des différences culturelles et sociales pour se créer et s'intégrer dans des communautés de centres d'intérêt, cela passe par la compréhension des différents systèmes de recommandation et de personnalisation, à travers des séances par exemple des séances sur les réseaux sociaux.

L’année dernière j’avais intitulé un billet Le document de collecte comme tremplin vers un travail collaboratif : ambitieux ?

Aujourd’hui, j’enlèverais ce dernier mot.

Ce n’est pas ambitieux c’est indispensable !

Cette année nous avons même été au-delà en partageant et publiant les documents de collecte via un scoop.it. Lorsque je demande un scoop.it , je demande à l'élève de redocumentariser un document, de l'annoter.

  • Séance sur Vikidia en 6e/5e : Usage de la copie

La copie est souvent associé à du plagiat, de la triche et à une incapacité des élèves à s’approprier des contenus. Avec les outils du numérique la copie est facilitée (le ctrl c/ctrl v)

Pourtant il me semble que la copie peut être envisagée différemment, et enseignée à nos élèves.

Collecter-  Publier - Partager : qu’est-ce que j’enseigne des « communs » ?

Une séance menée en 6e et à 5e (selon les années) sur Vikidia par exemple peut permettre de faire prendre conscience que ces encyclopédies sont en fait des extraits de connaissances et savoirs existant ailleurs. Autrement dit : une copie.

Cette séance, basée essentiellement sur des échanges avec les élèves, est l’occasion de faire émerger les caractéristiques de cette encyclopédie à travers la lecture des conditions d’utilisation. Nous lisons ensemble ces conditions et nous relevons ce qui est positif, ce qui est négatif, ce qui fait débat. A la fin nous retenons que :

  • les auteurs sont une communauté soucieuse de partager des savoirs communs, avec une confrontation de différentes sources existant ailleurs
  • des règles de fonctionnement, inventées par les contributeurs eux-mêmes
  • des ressources diverses qui doivent être citées

Décliné ainsi (et de façon, je vous l’accorde, très simpliste), nous retrouvons la définition des communs de la connaissance.

Bel exemple donc à étudier avec nos élèves de ce que la copie doit être.

« Mais alors Madame je peux recopier Wikipedia et vous n’avez rien à dire » !

En effet la licence est CC-By-SA

By, signifiant citer l’auteur

SA signifiant share alike, partage à l’identique.

Et c’est là qu’on peut, me semble-t-il pousser la réflexion. L’objectif de Wikipedia est de diffuser la connaissance au plus grand nombre. Est-ce l’objectif demandé par un enseignant dans un travail de recherche ? Pas toujours.

Il nous faut comprendre, nous même enseignant, que certains types de production ont perdu de leur pertinence. Les élèves trouveront toujours des informations sur tel ou tel sujet scolaire, la plupart du temps sur Wikipedia justement ou alors en l’évitant soigneusement juste pour faire plaisir à l’enseignant. Et la facilité fait qu’ils recopieront, ou copie-colleront.

En début de semaine, nous réfléchissions justement avec mon collègue de SVT à la pertinence du fameux dossier en SVT Responsabilité humaine en matière de santé et d'environnement en 3e. C’est plutôt la démarche et tout le travail sur le document de collecte qu'il est intéressant d'évaluer.

La copie c’est donc désormais les amener au-delà : vers une forme de recommandation, de cheminement de la pensée et de discours qui se construisent au fur et à mesure de leur recherche.

Je copie un lien et je le partage et expliquant pourquoi je le partage.

Je précise en commentaire en quoi ce site va être utile pour mon exposé.

La copie doit donc être envisagée comme la reprise de connaissances à améliorer, à éditorialiser.

C’est ce que nous avons demandé avec les scoop.it.

2- Redocumentarisation et éditorialisation : séance avec scoop.it en 3e

Collecter-  Publier - Partager : qu’est-ce que j’enseigne des « communs » ?

Quels sont les enjeux de formation à travers ces outils de curation ?

La grille développée par Pierre Fastrez autour de la littératie médiatique permet de délimiter quatre domaines de compétence au sein des pratiques médiatiques : la lecture, l’écriture, la navigation et l’organisation (à travers lesquelles 3 dimensions technique, informationnelle et sociale)

Les outils que j’utilise avec les élèves (scoop.it dans cet exemple) sont prétextes à des situations d’apprentissage dans lesquelles j’essaie d’amener l’élève à prendre conscience de l’espace informationnel dans lesquels ils évoluent : leurs signets, leurs « like » qui peuvent être mis en valeur sur des plateformes comme scoop.it, mis à disposition et partagés sur les réseaux sociaux qu’ils utilisent.

La littératie numérique selon Fastrez est l’"ensemble des compétences caractérisant l’individu capable d’évoluer de façon critique et créative, autonome et socialisée dans l’environnement médiatique contemporain".

Le site canadien Habilomedias précise les littératies suivantes : médiatique, technologique, informative, visuelle, de la communication et sociale.

L’élève co-auteur. Autoritativité (notion d'auteur à réinterroger)

L'autoritativité est le fait d'accéder, par soi-même, au statut d'auteur par le biais de l'auto-publication.

«Une attitude consistant à produire et à rendre public des textes, à s’auto-éditer ou à publier sur le WWW, sans passer par l’assentiment d’institutions de référence référées à l’ordre imprimé».

BROUDOUX, Evelyne. Autoritativité, support informatique, mémoire

Lecteur co-auteur ?

Ce que nous demandons aux élèves ce n'est rien d'autre que cela « rendre public des textes ». L’auteur est celui qui organise, classe, donne en partage, ajoute une plus-value à l’information récoltée.

J’avais essayé de dresser une typographie des autorités informationnelles en ligne.

Je crois qu'il y a là des pistes intéressantes (bien que sans doute incomplètes) pour appuyer encore un peu plus l'un des objectifs : la connaissance par les élèves de leur environnement numérique et comprendre les enjeux de la publication en ligne.

Collecter-  Publier - Partager : qu’est-ce que j’enseigne des « communs » ?

3- Partage ou appropriation : exemple de séance sur le réseaux sociaux et les enclosures en 3e

Collecter-  Publier - Partager : qu’est-ce que j’enseigne des « communs » ?

Je me suis demandée (en fait je sais mais j’ai amené les élèves à se demander si) si les réseaux sociaux ne sont pas dans une certaine forme des enclosures pour l'accès à l'information. J’ai amené les élèves à se questionner sur comment nous arrivent les infos et comment nos relations influencent nos actions en ligne.

L’élève (futur le citoyen) doit comprendre qu'il peut manipuler l'information et cultiver ses centres d'intérêts par une collecte, comprendre qu'il peut entrer dans des communautés d'intérêt en partageant

Il commence à élaborer une énonciation et une présence numérique. C'est le fondement des apprentissages en réseau donc des biens communs.

Quand on parle de communautés à nos élèves, ils pensent immédiatement réseaux sociaux.

LA communauté Facebook

Même si dans sa forme économique, elle est bien éloignée des biens communs, les compétences que développent nos élèves sur ce type de plateforme se rapprochent des communs : rediffusion et partage, recommandation à des pairs de ressources jugées intéressantes.

Comme le rappelle Olivier Ertzscheid, il convient d’ailleurs de distinguer rediffusion (un clic) et partage (appropriation et redistribution)

« Il faut également réapprendre à distinguer les logiques de la rediffusion de celles du partage. Le « partage » tel qu’il est présenté par Facebook quand vous cliquez sur une vidéo pour la faire circuler auprès de vos amis n’est qu’un faux-semblant. Le vrai partage présuppose une appropriation et une redistribution ciblée. L’essentiel de nos interactions connectées consiste davantage en une simple rediffusion (sur le modèle des mass-média) qu’en un partage authentique. »

Je m’appuie sur les pratiques des élèves pour les amener à conscientiser et donner du sens à leurs usages

La première partie de la séance est un brainstorming collectif qui permet de :

- dresser une cartographie de réseaux sociaux en fonction de leurs usages,

- comprendre les caractéristiques d'un réseau social : création de profil, les modalités de partage, le réseau social comme outil de communication, comme outil de publication, comprendre le système de recommandation, comprendre pourquoi les réseaux sociaux sont des sites collaboratifs.

La deuxième partie s'appuie sur une présentation Prezi pour déterminer les fonctions et fonctionnalités d'un réseau social, et surtout les algorithmes de recommandation, omniprésents sur les réseaux sociaux. Une large part est laissée à la parole libre des élèves, pour partir de leurs représentations.

Nous insistons beaucoup sur les données recueillies par les algorithmes :

- collecte de données explicite lorsque nous fournissons aux plateformes nos données en commentant, taguant, annotant, ou en ajoutant des contenus.

- collecte de données implicite et automatique, lorsque la plateforme observe et analyse nos comportements : ce qu'on écoute, regarde, lit ou achète, à quelle fréquence...

L'occasion de faire un détour (rapide) par les algorithmes de Google et la recherche prédictive.

Quels objectifs ?

- faire prendre conscience aux élèves de leur traçabilité en ligne ( « Culture de la traçabilité », expression empruntée à Louise Merzeau). Les rendre critiques vis en vis des traces qu'on laisse : on peut en garder la maîtrise à partir du moment où on a conscience de nos actions en ligne,

- comprendre comment on peut entretenir (et parfois enfermer) ses centres d'intérêt par une collecte (le partage sur les réseaux sociaux par exemple) , comprendre que l'on rentrer alors dans des communautés d'intérêt en partageant...,

- comprendre son écosystème informationnel,

- questionner les enclosures des réseaux sociaux : les enclosures de l'attention, techniques, etc. À ce sujet, je me suis appuyée sur le billet "Identifier les enclosures informationnelles pour favoriser les apprentissages en réseau" proposé par Silvae,

- comprendre le système de recommandation : comment nous arrivent les informations, comment on y a eu accès ? et comment nos relations influencent nos actions en ligne ?

- comprendre que, sur les réseaux sociaux, nous sommes contributeurs et pas seulement spectateurs.

A travers cette séance j'ai voulu monter aux élèves que certaines barrières empêchent une appropriation de l’information et freinent le développement de ce l'écosystème informationnel.

La recommandation nous enferme dans une navigation. Dans la pensée des biens communs, c'est le terme d'enclosure qui est utilisé.

Conclusion : La pensée de biens communs : une culture de la participation

Collecter-  Publier - Partager : qu’est-ce que j’enseigne des « communs » ?

Participer à cet immense chantier que sont les biens communs c'est nécessairement penser aux formes de publication en ligne.

Pour les élèves, nous avons vu que les espaces peuvent être nombreux.

Participer aux communs, c'est s'inscrire dans une citoyenneté active et critique. Pour cela, nécessité de développer des compétences en littératie numériques.

Le rapport « Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir: pour une nouvelle politique d’inclusion » coordonné par Valérie Peugeot recommande de "faire de la littératie pour tous le socle d’une société inclusive".

En particulier, les pages 21-22, où il est fait référence à la littératie numérique, justifient à elles seules toutes les réflexions de ces derniers mois et le parcours de cultures numériques.

(merci à Hervé Le Crosnier de m'avoir refait penser à cette référence)

Ce n'est pas seulement l'autonomie que nous devons viser mais une véritable réappropriation et amener nos élèves à faire circuler l'information.

Tag(s) : #Document de collecte, #Pédago et littératie, #Cultures numériques, #Communs