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Une grainothèque au CDI : un projet pluridisciplinaire entre info-documentation et biens communs Une grainothèque au CDI : un projet pluridisciplinaire entre info-documentation et biens communs

Engagée depuis plusieurs années dans le projet Eco-Ecole, je commençais à m’essouffler dans les actions pédagogiques que je pouvais proposer. Après avoir lu un billet de Lionel Maurel Proposer des « grainothèques » en bibliothèque pour favoriser le partage des semences libres et avoir échangé avec des collègues, j’ai décidé de me lancer !

Par où commencer ? Le choix du thème de la biodiversité par le comité de pilotage composé d’élèves éco-délégués, de personnels du collège et de représentants des collectivités territoriales a sans nul doute facilité la constitution d’une petite communauté de quelques collègues motivés autour d’un cercle vertueux graine/semis/récolte.

On connaissait les bibliothèques, les médiathèques… Voici la grainothèque installée au CDI. Ces « semences à partager » entre les familles, les élèves et l’ensemble des adultes travaillant au collège alimentent aussi le jardin de l’établissement. Il est donc désormais possible de venir échanger des graines de fleurs, légumes parmi les rayons de livres du CDI. L’objectif est de sensibiliser sur l’importance du maintien de la biodiversité cultivée et de permettre à chaque élève d’agir concrètement à son niveau, de « faire sa part », en favorisant le partage des semences libres et locales. Grâce à ce projet, il est possible d’aborder la notion des biens communs avec les élèves : comprendre qu’une communauté peut être gestionnaire et responsable de ressources, qui doivent être préservées et enrichies.

Voici quelques séances et activités menées ces deux dernières années.

Intervention d’une représentante du collectif des «Incroyables Comestibles» auprès de l’ensemble des élèves de 6e pour présenter les objectifs : mettre à disposition gratuitement des légumes et des fruits cultivés dans des bacs « nourriture à partager ». Lors de cette demi-journée, les élèves ont participé à des ateliers pour commencer à mettre en œuvre ce projet au sein du collège :

  • Connaissance de ce mouvement né à Todmorden au Royaume-Uni. C’est « une expérience communautaire qui consiste en la mise à disposition gratuite, dans de petits potagers disséminés dans les villes et les campagnes, de légumes cultivés par les volontaires participant au mouvement. » (Wikipédia). Les exemples locaux des villes d’Albi et Castres ont permis aux élèves de comprendre la diffusion de ce mouvement.

  • Découverte et sensibilisation à la biodiversité à travers le classement des légumes et plantes disponibles dans leur environnement (un grand parc entoure le collège) avec l’enseignant de SVT. Le lien a été fait dans le cadre d'une séance sur le classement des objets du monde inspirée de Marie Nallathamby du blog Doc à Bord.

  • Mise en place de la grainothèque avec la réalisation d’affiches pour la récolte de graines et début du classement des graines déjà reçues.

  • Semis de tomates, citrouilles, persil, radis et fleurs afin de développer les connaissances des élèves sur la transformation des graines en fleurs et fruits et de pouvoir en distribuer ou d’en planter dans des bacs disposés à l’entrée du collège et partager ainsi avec les familles les fruits de ce projet.

     

Quelques semaines plus tard, les élèves ont enfilé des gants de jardinage pour mettre leurs plants en pleine terre dans le jardin pédagogique du collège construits en cours de technologie avec des palettes recyclées…

Une grainothèque au CDI : un projet pluridisciplinaire entre info-documentation et biens communs

Dans le cadre de ce partenariat avec les Incroyables comestibles, nous avons mené un projet de science participative avec Sauvages de ma rue qui a permis d’aller à la découverte de la ville et des plantes sauvages comestibles et curatives. « Les scientifiques du muséum lancent un appel aux citadins pour observer la nature. »

Une grainothèque au CDI : un projet pluridisciplinaire entre info-documentation et biens communs

En parallèle d’autres séances ont été menées :

  • Avec des classes de SEGPA, réalisation des enveloppes pour la collecte des graines en réutilisant des feuilles de brouillon. Cette activité proche de l’origami a permis de travailler la motricité, de développer la concentration et la précision.

  • En cours de technologie, un système d’arrosage automatique avec récupération d’eau de pluie a été mis en place.

  • En français, c’est l’occasion de proposer une séance sur la recherche d’informations par l’intermédiaire du document de collecte afin d’aboutir à la réalisation de fiches pour chaque type de graines. Nous avons également écouté et analysé le texte de la légende du Colibri.

Ce projet permet de faire vivre les Communs au CDI et plus largement dans l'établissement en responsabilisant les élèves pour l'arrosage des plants et du jardin, la construction des "boites" de la grainothèque et leur décoration, la préparation des enveloppes de graines. La. transmission et la préservation des graines passent par eux

Je reprends volontiers à mon compte les mots de Lionel Maurel (la licence CCO de son blog me le permet aisément)

« Mon intérêt pour les biens communs m’a peu à peu fait découvrir la problématique des semences, dont les enjeux sont aujourd’hui considérables et rejoignent par certains côtés ceux de la Culture libre. (…)

Alors que les semences constituent un patrimoine millénaire qui s’est développé par le biais du partage de graines entre paysans, cette pratique est aujourd’hui fragilisée par des restrictions légales, faisant courir un risque à la biodiversité. Les variétés végétales tout comme les œuvres de l’esprit, peuvent en effet être saisies par la propriété intellectuelle, par le biais de certificats d’obtention végétale ou de brevets protégeant les intérêts de l’industrie semencière. Le mois dernier, la discussion au Sénat d’une loi sur la contrefaçon a fait rejaillir de nombreuses inquiétudes, dans la mesure où la production de semences par les agriculteurs, voire même par des jardiniers amateurs, pourrait finir par être assimilée à une forme de « piratage ». » Il y a quelques semaines, « les sénateurs [ont fixé] des limites à la brevetabilité du vivant » dans la loi biodiversité.

De quoi sans doute alimenter des débats en EMC par exemple, voire prolonger (avec le thème des pirates informatiques) le très chouette projet de Sophie Bocquet et ses collègues « PIRATES ET ÉCUMEURS DES MERS »

D’autres pistes à explorer encore :

  • les enjeux des plantes/semences libres contre les multinationales à partir par exemple des témoignages de Vandana Shiva qui propose de relier la question de la préservation des semences celle des savoirs traditionnels. On peut s’appuyer notamment sur le documentaire La guerre des graines ou encore plus récemment le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

  • Aborder la question des producteurs indépendants comme le réseau Semences paysannes, Kokopelli qui préservent des variétés anciennes ou rares de graines.

Voir aussi :

Tag(s) : #Communs

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